Pensées d'Automne..

Je vois la nature changer rapidement. Toutes ces couleurs mordorées sont très belles à contempler Les allées sont encombrées de feuilles mortes et par ci , par là on les voit tourbillonner dans le ciel et tomber avec grâce sur le sol. Elles résistent au vent où à la brise pour rester accrocher aux branches mais finissent par lâcher prise pour venir s'évanouir sur le sol. Je regarde tous ces arbres qui se déshabillent sans pudeur sous mes yeux laissant apparaître leur silhouette noueuse et inquiétante. Je détourne mon regard mais une feuille légère comme une plume vient me caresser la joue et se poser délicatement sur mon épaule..De la-haut, quelqu'un voudrait-il me dire quelque chose ? peut-être , je ne sais pas .

Je lève les yeux au ciel et je regarde ces branches d'arbres qui sous l'effet du vent, en gestes désordonnés semblent me saluer. Elles ont perdu leur superbe et se soumettent à l'endormissent habituel , attendant la venue de la douce et blanche neige qui leur donnera momentanément la beauté qu'elles ont perdue. Toutes ces couleurs chatoyantes , cendrées aux reflets chauds et délicats se détachent sur un ciel gris, triste, mais elles donnent encore à la nature qui s'enfuit un semblant de vie qui s'effilochent au fil des jours. La végétation se meurt lentement comme se meurent les soirées chaudes d'Eté, lentement , et les feuilles et bois morts qui forment sur le sol un tapis généreux crissent sous mes pas en longues plaintes qui résonnent dans la forêt. Les chants joyeux et mélodieux des oiseaux ont presque disparu plongeant la forêt dans un silence pesant et brutal qui provoque la mélancolie et l'interrogation.

Un brusque coup de vent balaye le sol soulevant brusquement les feuilles qui terminent leur course aux pieds des arbres laissant apparaître quelques lambeaux de terre recouverts d'herbe ou de mousse vertes. Il se d dégage de cette terre humide et froide une odeur âcre de bois morts et de champignons .

Assis sur un tronc d'arbre probablement abattu par le vent, je réveille les souvenirs enfouis au fond de ma mémoire pour les faire revivre avec chaleur et bienveillance. Ils vont me faire voyager encore une fois , avec la plus grande nostalgie vers cette belle terre d'Algérie si chère à mon cœur. Cœur meurtri et déchiré par cette séparation odieuse qui est venue anéantir brusquement et définitivement notre vie, nos espoirs et nos rêves. Abandonnés dans les méandres de la vie, perdus dans une voie sans issue nous avons dû endosser avec fierté et détermination notre costume de  « rapatriés «  pour errer indéfiniment à la recherche du chemin qui saura nous conduire vers la paix, le bonheur et la sérénité.

Je regarde le paysage qui m'entoure et ne peux m'empêcher de le comparer à celui grandiose de mon enfance avec pour toile de fond perpétuelle, le soleil, la mer , le ciel bleu , les hivers si doux, les petites routes caillouteuses bordées de figuiers de barbarie , de roseaux , d'acacias ,les grandes forêts de pins , de chênes lièges, d'eucalyptus, les grandes plantations d'orangers, de citronniers , d'oliviers et les couchers de soleil étourdissants de beauté . Je pense encore aux Etés torrides, au siroco , ce vent chaud venu du sahara qui nous apportait un sable fin qui se faufilait dans le moindre interstice . Je n'oublie pas les terres arides et désertiques où le manque d'eau se fait sentir mais qui restent quand même d'une beauté incomparable et inoubliable. Tous ces paysages qui ont marqué mon enfance et mon adolescence me manquent terriblement .Rien de comparable avec ce que je vois aujourd'hui . Ce vide profond et ce déracinement qui sévissent en moi m'oppressent . Je suis triste car rien ne reviendra comme avant et j'ouvrirais encore longtemps ce beau livre de souvenirset laisserai mon âme faire revivre ce passé afin que je ne puisse jamais l'oublier . Merci mon dieu de m'avoir permis de vivre dans un pays aussi merveilleux, donnant à ma vie le décor le plus somptueux , le plus absolu qui puisse exister. Merci aussi à l'Algérie de m'avoir donné tout ce qu'elle avait de meilleur et d'une valeur inestimable, qui m'a permis de constituer un capital confortable de souvenirs éclaboussés de lumière aujourd'hui définitivement enfouis dans mon âme..

Il se fait tard, de lourds nuages noirs assombrissent le ciel, je quitte ma place et ce décor où la vie commence à se figer. Je remonte le col de mon blouson, un frisson me parcourt, j'ai un peu froid …bonjour l'Automne !...

Serge MOLINES Novembre 2010