5 RUE REAUMUR
Aujourd'hui j'ai envie de profiter de l'air du temps,
et comme il fait un soleil éclatant,
je monte l'escalier qui me mène à la terrasse.
Là je reçois la lumière en pleine face.
Ma mère et Aïcha s'occupent dans la buanderie,
et ne prêtent pas attention à ma rêverie.
Mon regard va au travers des branches du figuier
vers cette maison blanche aux volets fermés,
située juste derrière chez nous,
et où habite une jeune fille au cheveux roux.
Je regarde d'un air songeur
ce qui peut se passer à l'intérieur.
Je l'aperçois assise sur un tapis dans une pièce,
derrière elle, sa mère lui fait des tresses.
Quand je pense qu'elle a quinze ans et déjà mariée,
et qu'elle se retrouve maintenant enfermée.
Cela fait tout drole car il y a deux ou trois années
on était tous les deux encore écoliers,
mais je me détourne de cette triste pensée,
pour admirer l'éclatante notre dame d'afrique,
dressée au sommet de ce panorama idyllique.
et je me crois beaucoup mieux protégé
étant donné qu'elle est si près.
Mon regard descend alors et sepromène,
au dessus du cimetière, du stade et de saint eugène,
puis se pose sur la mer si bleue
qu'elle en fait mal aux yeux.
J'arrive difficilement à m'en détacher,
mais je m'approche maintenant de mon quartier.
Défilent ainsi Maillot, barbier hugo, cardinal verdier.
Devant moi la cité Picardie,
et au loin Padovani et El kettani.
Dans ma rue je vois un cheval qui monte lentement
tirant fièrement son lourd chargement.
Toutes ces images défilent devant moi,
comme si c'était la première fois.
Et sous ce soleil de feu,
je me sens particulièrement heureux.
Les draps éclatant de blancheur
vont vite sécher de cette chaleur.
J'entends soudain ma mère qui m'appelle,
j'ai de la peine à quitter ce beau ciel.
Des bruits de voix s'élèvent de la cour,
il est midi, les voisins sont de retour.
J'aperçois Jean et Fabien
qui me font un signe de la main ,
et je quitte la terrasse, l'esprit plein d'images
tel un album photos dont on tourne les pages.
Je descends lentement chez moi
dans un certain et joyeux émoi.
Et tout cela me réconforte,
c'est ce que je me dis en passant ma porte.
Maintenant c'est au milieu des miens
que le soleil doit trouver son chemin.
Robert VOIRIN dit Roro du 5 rue Raumur