JE ME REVOIS
Tu m'es réapparu Alger en ces temps heureux qui n'étaient pas encore le moment des adieux ni celui des regrets, ni celui de la souffrance, c'était celui de mon enfance. Je me revois encore acteur dans ces innoubiables scènes, et dans toutes ces images qui me reviennent je me dis que " le vrai paradis est celui qu'on a perdu ", c'est vrai, il est en plus tout ce que l'on a simplement vécu. Et comme tout se bouscule dans ma mémoire, ce sont mille petits détails et grandes histoires qui ressurgissent comme ramenés par un vent bienfaiteur qui efface les caprices de l'usure du temps. Je me revois parcourir Alger de tous côtés, allant même bien loin au delà de sa superbe baie, dans tous ces endroits que je connaissais si bien. Je me revois piquer un plongeon au Petit Bassin, déambuler boulevard Bru, rêver dans les jardins Marengo, musarder à la forêt de Baïnem, me prélasser aux Deux Chameaux, me faire dorer aux Bains sportifs, grimper à Bouzaréah, descendre le Parc de Galland, méditer à Tipaza, arpenter le Telemly, me régaler à Fort de l'Eau, nager à la Madrague, remonter les tournants Rovigo, me promener à Saint Eugène, traîner rue Michelet, pique niquer à Sidi Ferruch, flâner au Jardin d'Essai, longer le boulevard Pitolet, me perdre dans la Casbah, me recueillir à Notre Dame d'Afrique, bronzer à Aïn Taya, aller à Chéragas par la traverse , mais ça... Bon, je souffle un peu, et voilà que je repars plein de gaieté, je me revois alors courir les yeux fermés, maintenant que je suis dans Bab El Oued, mon quartier. C'était ici chez moi, l'aboutissement de cette folle équipée, je n'avais plus besoin d'aller ailleurs désormais...
Robert Voirin |