JE VAIS CHEZ MON BEAU FRERE
Devant le lycée Bugeaud il est cinq heures de l'après midi, on discute avec les copains de classe de troisième, les cours sont finis, on se sépare, aujourd'hui je ne rentre pas directement à la maison et pour une fois je vais partir dans l'autre direction, vers la rue Bab El oued et la Casbah. Je passe devant la boulangerie Monte Carlo où trônent de délicieuses cocas, puis je me lance sous des arcades sombres mais très animées, et je débouche sur un endroit plus large où des clients très intéressés se pressent devant des échoppes installées le long de Notre Dame des Victoires. De nouveau sous les arcades je me faufile à travers la foule qui occupe tout le trottoir et me retrouve rue du Divan devant la maison Ouazan, de là je regarde la cathédrale au style mauresque et sa façade à l'air imposant, puis je m'engage dans la rue de la Lyre que je remonte jusqu'au marché. C'est là aussi un sans cesse va et vient d'une foule bigarée qui occupe et parlemente dans une multitude de petites boutiques, il règne là une incroyable animation vraiment unique parmi des effluves mélangées d'épices, de parfums, d'huile et de cumin. C'est la première fois que je rentre dans la Casbah, je me fraye un chemin parmi tout ces gens, pendant un bon moment je tourne en rond, je monte la rue Porte Neuve et tombe dans l'agitation intense de la rue Randon, je me perds vers les rue des Dattes, de la Mer Rouge et de la Grenade, j'espère bien que je ne vais pas rester en rade... J'avoue que je n'en mème pas trop large dans un tel dédale de ruelles, mais miracle, de la rue Médée je tombe vers la rue Mustapha Ismaël, une ruelle étroite aux pavés usés d'où l'on voit tout juste le ciel ! Je suis enfin arrivé, je monte chez mon beau frère très heureux de m'être sorti de ce pittoresque univers, de sa terrasse j' admire un superbe panorama sur le port et l'Amirauté, et je ne me lasse pas d'admirer au loin la superbe baie. Mais déjà nous partons et prenons la rue du Chêne en descendant vers le marché de Chartres et la place du Gouvernement. Je n'ai vu qu'une partie de la Casbah, c'est ce que je m'imagine, et alors que nous rejoignons Bab El Oued à bord de sa Dauphine je me revois déambulant dans un labyrinthe dont je ne trouve pas la sortie ! Nous voilà maintenant près de Maillot et de la Cité Picardie, on arrive rue Réaumur, je rentre chez moi l'esprit un peu troublé encore sous le coup de ma vision nouvelle de ce coin d'Alger. Je veux espérer m'y promener un jour plus sereinement, l'avenir le décidera, mais je n'y crois pas trop pour le moment.
Robert Voirin
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