Escapade algéroise

par

Michèle VERNET -TOZZA

Mai 2006

 

J'ai décidé de partir le 20 Mai dernier en Algérie avec notre amie Francette Martinez pour 8 jours. C'est la 5 ème fois que je fais un séjour sur ma terre natale et particulièrement dans cette ville qui m'a vue naître: Alger.

Lorsque l'avion s'est posé à l'aéroport de « Maison Blanche », mon cœur a battu très fort à la pensée de revoir Alger, ses environs et mon quartier de Bab -El -Oued dans les moindres détails comme je l'avais programmé…

Ma première visite a été le cimetière de Saint-Eugène afin de voir la tombe de mes grands-parents paternels. La sépulture est restée à peu près en bon état et seul le temps l'a dégradée.

Ensuite, mon 2 ème souhait a été de revoir la Basilique de Notre Dame d'Afrique. J'en rêve depuis mon départ d'Algérie en 1962.J'ai pu constater que cette Basilique a bien affronté les années et depuis son esplanade, j'ai pu découvrir une nouvelle fois Bab-El-Oued dans toute sa splendeur avec la mer en toile de fond.

Mes amis Algériens nous ont emmenées à la carrière Jaubert puis à la Bouzaréah.

Le jour suivant, Francette et moi-même sommes allées de l'hôtel Aletti (devenu hôtel EsSafir) où nous séjournions jusqu'à BEO. Ont défilé : le Square Bresson, l'opéra et le « Tantonville » (riche de souvenirs), la rue Bab Azzoun, la Place du Gouvernement, la rue BEO, le Lycée Bugeaud, le Square Guillemin, Nelson, l'Avenue de la Marne , l'Avenue de la Bouzaréah , le marché de BEO, le Quartier des 3 Horloges et toutes les rues perpendiculaires à l'Avenue de la Bouzaréah. Au marché de BEO, nous avons mangé les délicieux beignets de chez Blanchette en palabrant avec des Algériens de tous les âges : nous parlions du passé avec les anciens et nous plaisantions avec les plus jeunes. Les jeunes marchands poissonniers ont absolument voulu que nous prenions des photos de leurs étalages de poisson tout frais…Ma joie était à son comble : je revoyais souvent dans mes rêves ce marché qui fourmillait autrefois et où ma famille faisait ses courses. Combien de fois m'y suis-je rendue !

Le lendemain, un chauffeur de taxi nous a conduites rue Cardinal Verdier où résidait la famille de mon père, puis rue Réaumur où j'habitais moi-même avec mes parents au N° 1 tandis que mon arrière grand-mère résidait au N° 10. Puis nous avons pris les escaliers du Cassis pour aller rue Camille Douls. Que de souvenirs enfouis dans notre mémoire pour Francette et moi. Nous étions fébriles et nous avons eu envie de tout revoir, de tout photographier et surtout de revivre en ces instants privilégiés notre adolescence….

Personnellement, j'essayais d'imaginer ce quartier des BEO comme je l'avais connu autrefois. Comme il est éprouvant de quitter son Pays, son quartier…sa part d'adolescence !!!

Francette a pu rentrer dans son école : rue Camille Douls et elle en a été très émue.

Quelle joie, quelle excitation pour moi de revoir « mon »immeuble, rue Réaumur, d'aller dans l'appartement où j'ai vécu tant d'années. Les gens m'y ont laissée entrer et prendre des photos. La chapelle de l'hôpital Maillot était juste en face de mon balcon…Que d'émotions tout de même ! Toutes les images défilaient dans ma mémoire et j'ai repensé à la promenade dominicale que je faisais avec les miens à Notre Dame d'Afrique en montant le chemin des Pélerins.

Ensuite, nous avons poursuivi notre séjour avec nos amis Algériens qui nous ont réservé un accueil des plus chaleureux. Nous avons été aussi gâtées par leurs plats culinaires qu'ils nous ont offerts avec une grande générosité.

Ces amis nous ont emmenées aussi dans le quartier de Belcourt (quartier des mes grands-parents maternels). J'y ai découvert un hôtel Sofitel dans la rue d'Amourah où mes grands-parents avaient leur logement. Toute la rue d'Amourah a été rasée….Puis nous sommes allées à Dely-Brahim, La Madrague , Sidi-Ferruch, Fort de l'Eau, El Biar, Baïnem, Bains Romains, la Pointe Pescade , St-Eugène….nous avons redécouvert aussi l'Eden, Padovani, El Kettani, la Grande Poste , les rues d'Isly et Michelet, la Rampe Bugeaud , la Rue Colonna d'Ornano, la rue Hoche, le marché Meissonnier, la rue Burdeau (j'allais en classe dans un cours privé rue Burdeau) et le Parc de Galand.

Tous ces endroits jadis familiers ont évoqué mille souvenirs….Un rêve, c'était un rêve…

Le soir, sur le balcon de l'hôtel Es Safir, nous ne cessions d'admirer le panorama qui s'offrait à nos yeux : la mer, l'Amirauté, le Boulevard de la République. Tout était plein de lumière. Le spectacle était féerique et nous n'arrivions pas à détacher notre regard de ce magnifique panorama…Nous sommes nées dans une très belle ville pensions-nous !

Nos amis Algériens ont été charmants et l'un d'eux nous a emmenées à la Casbah avec beaucoup de gentillesse et de courtoisie.

J'ai pu personnellement bavarder avec tous nos amis sans exception et ces conversations étaient ouvertes, intéressantes et m'ont procuré une immense paix intérieure. J'ai enfin pu m'exprimer comme je le souhaitais malgré ma nostalgie toujours constante, je vais commencer à faire le deuil de ce pays magnifique que j'aimerai jusqu'à mon dernier souffle….

Je tiens à remercier profondément les familles : ALIOUA, CHENENNOU et CHAREF pour leur accueil chaleureux et réconfortant.

M.V-T.

 

Article envoyé par Christian RODRIGUEZ

 

Article envoyé par Rachel BLOT

 

Les collines de l'espoir

 Arlette Schneider
197, rue St Genes
Résidence Elysée Bt B
33000 Bordeaux

 Ouvrage de 224 pages

26 euros

Editions Hugues de Chivré

 

Arlette Schneider, professeur de Lettres à Bordeaux, vient de publier un remarquable ouvrage documentaire, historique et anecdotique, portant sur l'un des plus grands moments de la colonisation française en Algérie, en 1830. Il s'agit de la prise d'Alger par la France, de la construction par le génie civil, du premier village français et la vie bucolique à Dély-Ibrahim jusqu'en 1962.

Idée originale, chère à l'écrivaine, de mélanger l'histoire au vécu. Cela fait « la pause café » et rebondir. Les pages « oscillent à la manière d'un pendule » notent déjà ses premiers lecteurs.

A travers « Les collines de l'espoir », le lecteur, avec beaucoup de plaisir, se trouve au cœur de l'action en 1830 puis en 1962. Le voyage mouvementé, passionnant et émouvant le conduit à travers le temps et l'espace.

Toute la première partie, d'une façon documentée, traite la conquête française sous la France de Charles x et de Louis Philippe ainsi que la situation socio-économique au sein de l'empire Ottoman en 1830.

En effet, après avoir retracé l'occupation du sol en Algérie depuis les Phéniciens, en passant par les frères Barberousse, avec des qualités d'historienne, l'écrivaine explique en un style clair et concis comment le projet d'expédition française a mûri depuis le règne de Louis XIV et sous Napoléon.

Au départ, les causes de la conquête française se veulent humanitaires. Mais, Arlette Schneider nous remémore le fait historique déclencheur de la prise d'Alger avec le récit du coup d'éventail, ainsi que la prise du célèbre trésor d'Alger, un détournement d'argent et d'or qui rejoint le roman de fiction ou les histoires burlesques de Tintin.

 La deuxième partie de l'ouvrage, autobiographique et anecdotique, aborde les origines du village et sa vie jusqu'en 1962. Les premiers pionniers arrivent de France, d'Allemagne, de Suisse et des îles Baléares. Plusieurs pages sont consacrés à l'exode de tous ces émigrés qui, par centaines, fuient la pauvreté, la maladie, le chômage et les insurrections. Au moyen de diligences et d'embarcations peu sûres, ils bravent les tempêtes avant de poser le pied sur « les collines de l'espoir. »

Le côté artistique de l'écrivaine a mis en valeur des cartes postales, des photos, des reproductions de peintures, des poésies qui brodent admirablement les lieux de cette mémoire française. Le lecteur est chaleureusement invité à la magnifique promenade ensoleillée à travers laquelle il traverse les rues du village, Dély-Ibrahim. Ce sont des odeurs exotiques et des bouquets de couleurs. Il rencontre des femmes et des hommes, Européens et Musulmans dans un décor de paysages fabuleux, au pays des jardins, des cigognes, des vaches et des chevaux. Il partage la vie communautaire des villageois. Il vit intensément l'instant.

De plus, à la fin de l'ouvrage, le lecteur a le plaisir de poursuivre sa lecture par des documents authentiques des Archives Nationales que l'écrivaine a recueillis.

A travers les 224 pages de récit illustré, le lecteur côtoie également les grandes figures de l'histoire : le Consul français, Deval , le dey Hussein, le comte de Bourmont, le Général Berthezène, le Général Clauzel, Yves Boutin, Colonel du Génie qui fut envoyé en éclaireur et détective privé sous Napoléon afin d'étudier le lieu précis du débarquement, le duc des Cars, le général Lamoricière et ses zouaves pontificaux, le maréchal Bugeaud dont l'œuvre fut considérable tant au point de vue de la colonisation civile que militaire et religieuse et enfin Abd-el-Kader qui poursuivit la guerre à la France.

« Avec simplicité et en employant toujours le mot juste », par les moyens de sa plume lyrique et des souvenirs colorés, Arlette Schneider a su admirablement recréé l'ambiance qui existait dans son village au cours des années soixante.

Ainsi, la vie paisible à Dély-Ibrahim renaît pour la postérité.

L'ouvrage, historique avant tout, est très riche, varié, prenant. Porteur d'un témoignage, d'une mémoire collective, par sa générosité, son naturel et la force qui s'en dégage, il est communicatif. Il touche le cœur du lecteur. Il l'émeut.

Pour un écrivain, écrire n'est-ce pas donner du plaisir au lecteur et l'émouvoir ?

Arlette Schneider a ce don de la plume.

Elle souhaite vivement que son ouvrage, « Les collines de l'espoir » devienne un message de paix, d'amour et de foi en l'Homme.

« Que ce livre éclaire les consciences pour que chacun d'entre nous fraternise afin d'être un nouveau bâtisseur d'Humanité. »