EN BAS DE MA RUE
Aux confins du rêve et de la réalité
moi aussi je voudrais faire un slam sur mon quartier,
alors je me réfugie dans mon jardin secret,
et ça me rassure tellement d'y penser
et de me dire jamais je ne l'oublierai.
Accoudé à la barrière en fer en bas de ma rue
je suis devant ce fameux carrefour qui offre à ma vue
le visage attachant d'un endroit heureux et plein de vie,
avec son côté populaire, il est plein plein d'harmonie,
il me verra passer ici dix huits printemps,
mais je ne le sais pas encore, j'ai tout le temps...
A gauche je vois partir de l'écurie
un attelage de deux chevaux gris
qui s'éloigne au petit trot devant la Cité Picardie,
quand j'y pense c'est surement une de leur dernière sortie,
petit à petit ils vont disparaître, on ne les verra plus passer,
dommage, ils vont bien nous manquer.
Au même moment le trolley bus de la ligne H vient de s'arrêter,
repart et attaque la montée sinueuse vers Notre Dame d'Afrique
emmenant pélerins et écoliers vers la basilique.
Un peu plus haut il y a la biscuiterie Heudebert,
parfois j'y vais acheter des biscottes cassées, c'est moins cher...
Rue Cardinal Verdier voilà mon coiffeur, la dernière fois
je n'étais pas content, il m'a fait une coupe à la " bol de loubia "
qu'il a terminée par une bonne dose de gomina...
Je regarde en face la chapelle de l'hôpital Maillot,
derrière moi la montagnette, la rue Camille Douls tout là haut
la cité Témime, à droite le portail et le petit stade à côté.
Soudain j'entends une mélodie particulière se rapprocher,
une troupe de musiciens descend la rue en se dandinant un peu,
vétus pauvrement ils ont l'air pourtant heureux,
le plus jeune ramasse les pièces lançées des balcons devant eux,
alors ils font claquer de plus belle leurs grosses castagnettes métalliques,
puis ils s'éloignent doucement au rythme saccadé de leur musique.
Je remonte la rue Réaumur vers mon entrée,
je rigole car cela me rappelle que souvent en partant du boulanger
je l'ai descendue cette rue à toute allure sur ma carriole
en compagnie de Jean et Fabien, et après une course folle
l'ordre d'arrivée prétait toujours à contestations...
Voilà qu'un personnage pittoresque attire alors mon attention,
un sac sur le dos il passe devant chez moi,
il signale sa présence par de longs " z'habits..." avec une main en porte voix,
il espère ainsi attirer de futurs clients aux alentours...
C'est souvent comme ça dans ma rue et tout autour,
alors, comment ne pas comprendre que mon petit quartier
au visage humain et plein de simplicité,
comme tant d'autres soit marqué du sceau de la mémoire
pareil à une empreinte gardienne de notre Histoire.
Robert Voirin du 5 Rue Réaumur.
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