LE MARCHE DE BAB EL OUED

J'AVAIS DIX ANS AU MARCHE ( de Bab El Oued )

Le marché est particulièrement animé ce matin.
Je tiens ma mère par une main
Et de l'autre je porte le couffin.
Cest pas facile de circuler mais on s'arrête enfin.
Elle choisit des légumes et des fruits
chez Ali son marchand favori.
Devant la boulangerie ça sent bon la calentita
Mais je dois suivre ma mère pas à pas
de peur de la perdre de vue
Au milieu de cette joyeuse cohue.
Elle m'entraîne à l'intérieur du marché
Puis on fait la queue chez Agullo le boucher.
Je regarde les gens qui passent près de moi,
Ils ont l'air gai, je ne sais pas pourquoi.
Les mauresques, je le devine sous leur voile blanc
rient de l'air du temps.
Je me demande comment certaines peuvent marcher
avec seulement un oeil pour se diriger.
Chez le charcutier c'est la grande rigolade,
On en repart avec un paquet de soubressade.
Dehors il y a un monde fou,
On se faufile jusqu'au moutchou.
Là règne un silence apaisant,
Il y flottent des senteurs de cumin et de safran.
C'est un homme gentil qui parle d'une voix douce,
Il nous sert l'huile, les dattes et le couscous.
Il me donne alors un carambar,
Mais comme il se fait tard,
Ma mère me pousse et me dit de filer.
Nous nous retrouvons dans les allées
Pour arriver devant le poissonnier
que tout le monde appelle rouget.
Son étal est rempli de ce succulent poisson,
je crois qu'on va se régaler ce midi à la maison.
Le coufin commence à être plein
et j'ai déjà mal à la main.
Je suis ma mère tant bien que mal,
mais vaut mieux pas que je rale.
On passe devant Blanchette, le roi du beignet,
pour regagner de suite la rue Cardinal Verdier.
Tout est beau et bon dans ce marché,
cela m'étonne pas qu'on y vienne du tout Alger.
Je regrette maintenant de le quitter,
mais ma mère me reprend la main pour me presser.
Le portail de la cité Picardie passé
Nous arrivons devant notre entrée rue réaumur,
j'ai passé un bon moment, pourvu que cela dure.


Robert VOIRIN