JE CROIS ENTENDRE ENCORE

 

Aujourd'hui mon esprit est encore troublé,

Je crois voir encore ce panorama plein de beauté

Quand derrière le stade Marcel Cerdan je me promenais

Alors que les vagues passaient par dessus les rochers,

Bab El Oued s'étalait devant moi, d'El Kettany à Saint Eugène.

Un peu sur les hauteurs je ne la voyais pas, mais la devinais sans peine

Ma petite rue Réaumur derrière la Cité Picardie et l'Hôpital Maillot.

Je crois voir encore Notre Dame d'Afrique se détachant tout en haut

Sous un ciel si bleu, comme dans une lumineuse vision.

En passant au delà de la Bassetta mon regard descendait vers la Consolation

Puis survolait l'avenue Malakoff pour arriver au beau square Guillemin,

Et j'imaginais alors les rues, avenues et places que je connaissais si bien.

Je crois entendre encore les motos cross à la Carrière Jaubert

Quand le dimanche matin j'y allais avec mon père,

Je crois entendre encore comme si c'était hier,

Du côté des Trois Horloges, les sifflements des garçons qui sans manière

Appelaient les filles, lesquelles répondaient par des sourires éclatants

Et continuaient leur marche d'un air triomphant.

Je crois entendre encore les claquements des "tape cinq " ponctuant

Nos éclats de rire comme si c'était un serment,

Dans l'avenue Durando je crois entendre encore

Les grincements du tram qui descendait à toute allure jusqu'à la Poire d'Or,

Je crois entendre encore les appels et les cris

Des marchands de kalentita et des marchants d'habits,

Des vendeurs de kilomètre et de zoublis,

Je crois entendre encore les babas salem qui sous nos balcons

Jouaient leur musique saccadée, créant une étonnante animation.

Je crois sentir encore l'odeur des kemias si parfumées

Qui nous faisait saliver en passant devant les cafés,

Je crois sentir encore l'odeur des petits rougets grillés,

Celle envoutante de l'appétissante mouna à la fleur d'oranger,

Et celle des beignets de chez Blanchette dont on se régalait.

Je crois sentir encore le souffle de feu du sirocco

Quand au Petit Bassin il nous brulait le dos,

On se raffraichissait alors avec le succulent selecto !

Tout cela je crois le vivre encore,

Oui, c'était vraiment des moments très forts.

 

 

Robert Voirin