JE VAIS A BUGEAUD

Ce matin je suis en retard
il est déjà huit heures moins le quart,
je dévale les escaliers à toute allure
et je cours rue Réaumur
pour arriver rue Cardinal Verdier
que je descends d’un pas pressé.
Evidemment on est pas rue Michelet
mais il est tellement beau mon quartier.
Devant les escaliers du Cassis je croise des bourricots
peinant sous leurs lourds fardeaux,
et je dévale le boulevard de Champagne
car il faut que je me magne.
Si je pouvais arriver à l’heure
ce serait mon bonheur.
Je vais plus vite que le tram,
je suis tout feu tout flamme.
Rue des Consulats je dépasse M édioni et Lubrano
avant de monter rue Durando.
Au Marignan il joue Ben Hur,
avec mon père j’irai le voir, ça c’est sur.
J’arrive à la Bouzaréah et je continue mon chemin
en courant jusqu’au square Guillemin,
pour déboucher avenue de la Marne où je croise Esposito,
avant d’arriver enfin à Bugeaud.
Là je rejoins Trinchant
et on rentre en même temps.
J’aperçois le grand Roméo
et les autres rangés dans le premier préau
devant ma classe en face du jardin Marengo.
Je ne suis pas en retard, il est huit heures,
ça suffit à mon bonheur.

Robert VOIRIN