ON VA A TIPAZA
Aujourd'hui c'est aux vestiges romains de Tipaza que mon père nous emmène, nous roulons tranquillement et en une heure de route à peine nous arrivons en vue du Chenoua qui domine ce site merveilleux. Avec ma famille on s'y promène lentement en ce bel après midi de feu, mais je m'échappe et descends seul entre les pierres millénaires qui par leur couleur ocre contrastent avec le bleu éclatant de la mer. Tout cela m'impressionne, je déambule un peu au hasard dans les allées surchauffées par le sirocco où l'ombre est bien rare, mais voilà que se mélent au chant des cigales les cris de joie de baigneurs que j'aperçois dans le lointain et qui sont tout à leur bonheur de nager au milieu des vagues qui viennent clapoter sur les rochers. Malgré mes douze ans je me dis que rien de plus parfait ne peut exister, je m'arrête un peu et je m'adosse contre une grande colonne éternelle, je sens que son ombre apaisante me protège des brûlures du soleil. En regardant tout autour de moi je ne peux m'empêcher d'imaginer qu'il y a bien longtemps dans cette belle et lumineuse cité s'étaient installés, vivaient et prospéraient des gens ordinaires qui devaient aimer ce pays dont ils étaient surement très fiers. Mais voilà que le regard d'une petite romaine me ramène à la réalité, elle m'entraîne rapidement dans un tourbillon plein de gaieté, comme par enchantement le monde qui nous entoure semble nous appartenir, on s'amuse et on se course parmi arbres et allées dans de grands éclats de rire et notre folle ballade continue joyeusement dans ce dédale sans fin. Soudain à mon grand désarroi elle disparaît au détour d'un chemin, je la cherche en vain, essoufflé je m'arrête en haut du théâtre quelques instants, et oubliant ma déception, c'est assis sur un gradin que je pense à tout ce temps qui a défilé depuis des lustres dans cet endroit envoûtant et plein de magie, aussi je suis sur qu'on est ici dans l'un des plus beaux coins d'Algerie. De loin je vois mes parents attendant sous un pin, il faut déjà quitter les lieux, je les rejoints à regret car je viens d'y passer des moments tellement heureux, nous reprenons alors la Peugeot de mon père et retournons vers Alger. Bientôt nous passons tout près de ces plages où on va si souvent se baigner comme Castiglione, Zéralda, Douaouda, Sidi Ferruch, La Madrague, Baïnem, ils défilent devant nous tous ces beaux paysages du bord de mer que l'on aime, et nous voilà déjà à la Pointe Pescade et au Petit Bassin, et du Boulevard Pitolet on voit avec enchantement dans le crépuscule Bab El Oued qui commence à s'éclairer. Nous arrivons boulevard de Flandres, rue Cardinal Verdier et nous voilà rue Réaumur, chez moi je me dis qu'un jour je retournerai là bas en pensant à ma petite aventure, au milieu des ruines si attachantes de Tipaza j'aurai le secret espoir de retrouver au détour d'une allée cette petite romaine qui m'a tant fasciné.
Robert Voirin |