C'EST PAS DES BLOFFES

En ce mois de juin soixante deux y avait un drôle de fourbi dans Alger,
Bab El Oued il était complètement déserté,
où y zétaient les falempos , les laouères, les blagues à mort, les falsos,
les oualiounes , les doubles tchatche, les stokafiches, les calbos,
les bourricots, les jmaous, les zbibeurs, les babaos, les gigasses,
les kilos, les boudjadjis, les gavatchos, les fartasses,
les brèles, les sloughis, les bovos, les boularias,
les guitches, les tapeurs de brosse, les ouellos et les ouellas.
Où y zétaient les canusses et tous les calamars boiteux réunis,
y zavaient disparu de ce quartier qui avait été leur paradis,
alors les pôvres y zont été obligés de faire scapa
et c'est fissa qu'ils ont rempli à la babala les couffins, les cabassettes et tout le barda
avant de se précipiter sur les quais bondés
où sans chikayas ils ont fait la chaîne et ont taché moyen de s'embarquer.
Dans le bateau en parlant de leur avenir ils disaient à saouar
tellement qu'ils étaient tombés dans le désespoir,
avec ce coup de zouzguef c'était sur que pour des gamates on les avait pris
et tout juste si on les avait pas enfermés chez Roubi.
Pour ne pas perdre la fugure que presque on les aurait envoyés à Barberouse ou à Tataouine
ils se sont accrochés à la vie comme des arapèdes les michquines,
ils sont partis bessif à la zdague pour un aller sans retour en évitant d'aregarder en errière,
akarbi ils ont montré tout leur courage malgré cette misère.
Ils s'étaient fait avoir par des paroles verbales si c'est pas une honte,
oui ma parole d'honneur c'est pas des bloffes tout ça que j'vous raconte.

Robert Voirin