UNE JOURNEE AUX BAINS SPORTIFS

 

Aujourd'hui c'est aux Bains Sportifs qu'on va passer la journée,

vivement qu'on se baigne car l'atmosphère est particulièrement torride cet été

devant le café des Arènes des frères Escobédo nous sommes tous là,

nous nous retrouvons au coin de la rue Montaigne et de la rue Barra,

Jean Charles, Pierrot, Richard partent les premiers avec entrain,

Daniel, Tony, Jean Michel et moi les suivons de prés jusqu'à Guillemin,

puis direction Nelson, le Kassour, et l'Amirauté par le boulevard amiral Pierre.

On arrive près de la darse, je crois que c'est là que Barberousse avait fait son repaire,

à cette époque des pirates Alger la barbaresque n'était que l'image de la décadence,

mais quand je la regarde maintenant elle n'est que magnificence.

Sous les voûtes au style mauresque nous profitons d'un peu de fraîcheur,

et nous continuons d'un bon pas malgré l'étouffante chaleur,

on passe à hauteur du Rowing , un peu sélect mais sympathique,

parmi les bronzés du club rôtissent de belles naïades mirifiques...

Je traîne un peu, je m'arrête le temps d'apprécier le parfait alignement

des façades des batiments entre square Bresson et place du Gouvernement,

celle toute blanche de la Préfecture, et celle pas loin de l'hôtel Aletti,

devant se détachent l'ascenceur, le Bastion quinze, la rampe et les escaliers de la pêcherie.

On longe la jetée pour arriver enfin au club où après la joie de se retrouver

nous nous précipitons tous sur les planches pour un départ plongée

avec quelques pantchas et une belle course jusqu'au radeau déjà surpeuplé,

puis nous regagnons la digue où on se disperse par petits groupes sur les rochers.

Je m'éloigne seul tranquillement quand par bonheur je croise une belle sirène

qui comme moi a choisi cet endroit pour son atmosphère sereine,

je l'accompagne, et au bout d'un moment nous arrivons au bout de la jetée

dont les derniers blocs sont tout juste recouverts d'une mer à peine agitée.

Nous restons un bon moment en silence devant ce décor si somptueux,

c'est Alger qui dans toute sa splendeur domine la baie et s'offre ainsi à nos yeux

quand devant ce sublime panorama surgit de la passe un élégant batiment,

c'est le Kairouan, le plus fin de tous les navires, dans son beau costume blanc.

Nous ne le quittons pas des yeux alors qu'il file vers le large emportant ses passagers

dont certains s'agitent sur les ponts en nous faisant des signes d'au revoir et d'amitié.

Nous leur répondons aussitôt par des cris de joie en les enviant quand même un peu

de les voir partir car ils nous font rêver de voyages sous d'autres cieux,

mais pourtant qu'est ce qu'on est bien ici, pourquoi vouloir quitter notre mer si belle

qui depuis tellement longtemps est autant chez nous que nous sommes chez elle.

Il se met alors à souffler un léger mais très sec sirocco qui commence à nous brûler,

on cherche un abri de fraîcheur que l'on trouve dans une cavité parmi les rochers,

là, on s'installe au dessus d'un trou d'eau, un léger bruit de clapotis vient nous bercer

alors que dans un trait de lumière les vaguelettes viennent se briser doucement à nos pieds.

L'heure passant on se quitte à regret en promettant de se revoir, je rejoins les copains,

les uns jouent au volley, les autres s'affrontent au jeu de la savate, puis c'est le dernier bain,

notre petit groupe s'étant bien étoffé nous voilà repartis gaiement le long de la jetée.

Arrivés au Penon nous laissons derrière nous la Marine et ses rues animées,

qu'est ce que j'aime ce début de soirée où les couleurs d'Alger deviennent changeantes

à mesure que le soleil disparaît tout là bas, derrière les collines environnantes.

La conversation est comme d'habitude animée entre nous, on continue d'un pas léger

vers Bab El Oued quand soudain un bruit sourd et lointain nous fait stopper,

nous nous regardons sans un mot, nous comprenons ce qui vient de se passer.

En dépit de ce rappel à la réalité nous repartons mais l'ambiance est bien tombée,

et c'est déjà la caserne Pélissier, rue Borély la Sapie, bientôt l'avenue de la Bouzaréah,

au square Guillemin, garçons et filles, en se promettant de se revoir, se séparent là.

Pour rentrer rue Réaumur je préfère descendre tout droit dans la rue Rochambeau,

après la Consolation et l'avenue des Consulats je passe devant l'entrée de Maillot,

je monte le boulevard de Champagne, après la Cité Picardie me voilà maintenant arrivé.

Une fois chez moi je me sens heureux malgré tout car nous avons passé une belle journée,

quand je parle à ma mère de la petite sirène elle sourit et me dit que j'ai rêvé,

pourtant notre prochain rendez vous je ne le manquerai pas, là bas, au bout de la jetée...

 

Robert Voirin